Le premier profil WireGuard a fonctionné.
Le deuxième aussi. C’est au moment où on m’a demandé : « Je peux donner le fichier à mon frère ? » que j’ai arrêté de créer des profils.
Quelques semaines plus tôt, j’avais monté une petite sortie VPN en Tunisie pour mon propre usage. Rien de sophistiqué : une machine toujours connectée, une adresse tunisienne et un tunnel que je pouvais rejoindre depuis l’étranger lorsque j’avais réellement besoin que ma connexion ressorte du pays.
Je considérais ça comme un projet réseau personnel.
Puis plusieurs personnes autour de moi ont commencé à rencontrer le même genre de problème.
Le 23 mai 2026, Tunisie Telecom a confirmé qu’une cyberattaque avait visé son application MyTT. Dans les semaines suivantes, des Tunisiens vivant à l’étranger ont également discuté publiquement de difficultés à utiliser le site ou l’application de l’opérateur. Dans une discussion de juin, certains expliquaient que des VPN commerciaux n’avaient pas réglé leur problème, tandis qu’un participant disait parvenir à se connecter grâce à son propre Raspberry Pi installé en Tunisie et relié avec Tailscale.
Je connaissais exactement ce réflexe.
Quand on possède déjà une machine en Tunisie et qu’un proche a besoin d’une adresse IP tunisienne pendant cinq minutes, créer un accès supplémentaire paraît presque plus raisonnable que lui faire chercher un autre service.
J’ai donc commencé par dire oui.
Techniquement, tout s’est très bien passé.
Et c’était justement ce qui m’empêchait de voir le vrai problème.
J’avais regardé la charge du serveur, pas la responsabilité qui passait par lui
Mon premier raisonnement était celui d’un administrateur système.
Combien de connexions simultanées la machine pouvait-elle supporter ? La fibre tiendrait-elle ? Fallait-il limiter le débit ? Combien de pairs WireGuard pouvais-je ajouter avant que cela devienne pénible ?
Ce sont de bonnes questions.
Simplement, elles arrivent après une question beaucoup plus importante : qu’est-ce qui change lorsqu’une autre personne fait sortir son trafic par ma machine ?
Une fois le tunnel activé, cette personne n’apparaît plus sur Internet avec l’adresse de son hôtel à Paris, son appartement à Montréal ou son réseau mobile en Allemagne.
Elle ressort par mon adresse IP tunisienne.
Et si ma sortie se trouve sur un VPS, cette adresse remonte elle-même vers le compte qui loue le serveur. Les procédures d’abus d’un hébergeur comme OVHcloud permettent notamment de signaler une activité en fournissant une URL ou une adresse IP ; lorsque le signalement est recevable, le client concerné peut être sollicité pour le traiter.
Je venais de comprendre la différence entre prêter une connexion et prêter une identité réseau.
La seconde demande beaucoup plus de confiance.
Et plus le nombre d’utilisateurs augmente, moins le problème ressemble à un simple partage entre deux appareils.
Résumé de l’article et adéquation du produit
Quel risque apparaît quand un VPN privé hébergé en Tunisie commence à servir à d’autres personnes ?
Le problème n’est plus seulement la capacité du serveur. Chaque utilisateur supplémentaire fait sortir son trafic sous l’adresse IP de l’infrastructure, complique la gestion des clés et peut transformer un tunnel personnel en activité dont il faut examiner les responsabilités, les règles applicables et le traitement des données. L’article recommande de garder la sortie tunisienne pour le besoin privé précis qui la justifie.
À retenir
- Idéal pour : un usage personnel où l’on a réellement besoin d’une sortie tunisienne contrôlée par ses propres appareils.
- Point décisif : chaque personne ou appareil doit avoir son propre pair WireGuard afin de pouvoir révoquer un accès sans casser ceux des autres.
- Limite importante : l’article ne prétend pas tracer une frontière juridique universelle entre partage privé et service au public ; il montre au contraire pourquoi il faut examiner cette question avant d’élargir l’accès.
- Place d’OnlydogVPN : dans ce récit, il convient aux proches qui veulent simplement un VPN sans devenir utilisateurs de l’infrastructure personnelle ; il ne remplace pas la sortie tunisienne lorsqu’une IP tunisienne précise est indispensable.
Sources présentes dans l’article : WireGuard — documentation officielle · Décret-loi tunisien n° 2022-54 · OnlydogVPN
Le fichier que j’avais partagé rendait la situation encore moins confortable
J’avais également commis une erreur très ordinaire : pour aller vite, j’avais réutilisé un profil déjà prêt.
Cela fonctionne parfaitement jusqu’au jour où l’on veut répondre à une question aussi simple que :
qui possède encore cette clé ?
WireGuard associe justement chaque pair à sa propre clé publique et aux adresses qu’il est autorisé à utiliser. Avec un profil différent par personne ou par appareil, retirer un accès reste simple.
Partager la même configuration à plusieurs personnes revient plutôt à faire plusieurs copies de la même clé de maison.
Si l’une d’elles circule plus loin que prévu, impossible de désactiver seulement cette copie. Il faut changer la serrure pour tout le monde.
J’ai donc révoqué le profil partagé et recréé des pairs distincts pour mes propres appareils.
À ce moment-là, j’aurais encore pu considérer le problème comme réglé : meilleures clés, meilleure gestion des accès, affaire classée.
Mais je commençais justement à comprendre que la sécurité technique n’était que la moitié de la question.
Avant d’ajouter qui que ce soit d’autre, j’ai commencé à regarder ce que signifie, en Tunisie, le fait de fournir un accès réseau à d’autres personnes.
Et là, le projet a changé de catégorie dans ma tête.
« C’est mon serveur » ne répond pas à « quel service suis-je en train de fournir ? »
Le Code tunisien des télécommunications encadre la fourniture de services de télécommunications et prévoit notamment un régime d’autorisation pour certaines activités. Il traite également de l’activité des fournisseurs de services Internet.
Cela ne permet évidemment pas de résumer la situation par :
« J’installe WireGuard chez moi, donc je deviens automatiquement fournisseur d’accès. »
Un tunnel utilisé entre mes propres appareils n’est pas la même chose qu’un service ouvert à des utilisateurs extérieurs.
En revanche, le décret-loi n° 2022-54 m’a fait regarder beaucoup plus sérieusement la direction que prenait mon installation. Le texte définit notamment le fournisseur de services de communications comme une personne physique ou morale fournissant au public des services de télécommunications, y compris des services Internet.
Le mot important n’était donc plus « VPN ».
C’était public.
Un tunnel que j’utilise pour rejoindre ma propre machine est facile à comprendre.
Une page annonçant « VPN tunisien disponible, contactez-moi » l’est beaucoup moins.
Entre les deux existent toutes les zones qui donnent envie à l’informaticien de dire « ce ne sont que quelques amis » : un frère, trois collègues, dix connaissances, un groupe Telegram, des gens qui participent aux frais, puis quelqu’un qu’on ne connaît plus personnellement.
Je n’avais aucune envie de découvrir la frontière en la franchissant par accident.
Cette prise de conscience a surtout détruit une idée que je trouvais jusque-là rassurante : il suffirait de garder davantage de logs pour rester maître de la situation.
Puis j’ai découvert le paradoxe des logs
Mon raisonnement suivant semblait impeccable.
Si plusieurs personnes utilisent ma sortie, je vais identifier chaque pair et conserver suffisamment de traces pour savoir qui était connecté lorsque quelque chose arrive.
Plus de visibilité.
Moins de risques.
Sauf que cette solution crée immédiatement sa propre question : que suis-je maintenant en train de collecter sur les autres ?
Le décret-loi 2022-54 prévoit, pour les fournisseurs entrant dans son champ, des obligations de conservation de certaines données permettant notamment d’identifier les utilisateurs et de retracer des éléments liés au trafic ou aux équipements. Il prévoit également la coopération avec les demandes judiciaires couvertes par le texte.
Si mon projet devenait réellement un service destiné au public, « je ne conserve rien parce que c’est plus privé » ne serait donc pas une politique à choisir simplement parce qu’elle paraît élégante.
Mais l’excès inverse n’était pas plus confortable.
La loi tunisienne relative aux données personnelles encadre largement leur collecte et leur traitement. Elle prévoit notamment que les données doivent correspondre à une finalité déterminée et rester proportionnées à ce qui est nécessaire. Elle distingue aussi les traitements strictement personnels ou familiaux d’usages plus larges.
En une soirée, j’étais passé de :
« Combien de personnes mon Raspberry Pi peut-il supporter ? »
à :
« Quelles informations suis-je en train de conserver, pourquoi, pendant combien de temps et pour quel type de service ? »
La différence était énorme.
Je voulais rendre service à quelques personnes.
Je n’avais aucune envie de devenir l’administrateur improvisé d’un mini-service VPN avec des comptes, des clés qui circulent, des journaux à gérer et des signalements qui arrivent sur mon adresse.
C’est là que j’ai enfin séparé deux besoins qui, jusque-là, me semblaient identiques.
Tout le monde ne voulait pas réellement mon adresse IP tunisienne
Quand j’ai personnellement besoin d’une sortie située en Tunisie, mon tunnel privé reste parfaitement logique.
Je contrôle ses pairs. Je sais quels appareils sont les miens. Et précisément parce qu’il répond à un besoin étroit, je n’ai aucune raison d’en publier l’accès.
Mais plusieurs personnes qui me demandaient « ton VPN tunisien » n’avaient en réalité aucun besoin particulier d’une IP tunisienne.
Elles voulaient simplement un VPN qui fonctionne sans avoir à en administrer un.
L’une voulait sécuriser son ordinateur sur le Wi-Fi d’une résidence. Une autre cherchait un chemin différent lorsque sa connexion devenait instable. Elles me demandaient mon serveur essentiellement parce que j’étais la personne de leur entourage qui en possédait déjà un.
Et là, continuer à leur ajouter des pairs n’avait plus beaucoup de sens.
Pour ces usages, j’ai testé OnlydogVPN avec une approche complètement différente : chacun installe le client de son côté, au lieu de devenir un utilisateur supplémentaire de mon infrastructure.
Ce qui m’a plu en premier n’était même pas une histoire de débit.
C’était de disparaître du milieu.
Je n’avais plus à créer de clé.
Plus de fichier WireGuard envoyé dans une conversation.
Plus de configuration qu’une personne pouvait retransmettre sans me prévenir.
Plus de serveur personnel transformé progressivement en sortie commune simplement parce que j’avais accepté de rendre trois petits services successifs.
Le service permet en plus de commencer sans le parcours classique email-mot de passe. Pour quelqu’un à qui je voulais simplement dire « installe ça et essaie », c’était beaucoup plus cohérent que de devenir moi-même son administrateur réseau.
La première personne à qui j’ai proposé cette méthode a installé le client, choisi le mode correspondant à son besoin et lancé la connexion.
Les pages qu’elle cherchait ont chargé.
De mon côté, je n’avais rien touché à mon serveur tunisien.
Pas de nouveau pair.
Pas de nouvelle clé.
Pas de nouvel utilisateur dont le trafic ressortait sous mon IP.
C’était exactement le résultat que je n’avais pas compris que je cherchais.
La limite du petit service est réelle, mais elle ne changeait pas mon problème
Il existe évidemment un compromis.
Le service a moins d’ancienneté publique, moins de régions et moins d’évaluations indépendantes accumulées que plusieurs grands fournisseurs établis depuis longtemps.
Si ma priorité était de choisir parmi un énorme catalogue de pays ou de m’appuyer exclusivement sur des années d’audits et de retours publics, cela pèserait davantage dans ma décision.
Mais ce n’était pas la décision que j’étais en train de prendre.
Je ne cherchais pas à remplacer mon tunnel personnel lorsqu’une sortie tunisienne précise est indispensable.
Je cherchais à arrêter de transformer ce tunnel personnel en service partagé pour des gens qui n’avaient même pas besoin de cette sortie.
Et sur ce problème-là, le petit client faisait quelque chose de très concret en ma faveur :
il me retirait complètement de la chaîne.
L’autre personne pouvait utiliser son VPN.
Moi, je pouvais garder le mien réellement privé.
Le deuxième utilisateur a changé mon critère de choix
Je pensais qu’ouvrir mon VPN tunisien à d’autres personnes serait surtout une décision de capacité.
Il suffisait, croyais-je, de créer des clés différentes, de surveiller le serveur et de vérifier que la bande passante suivait.
La technique était finalement la partie facile.
Le deuxième utilisateur change tout parce qu’il oblige à regarder autre chose : est-ce encore réellement mon tunnel privé ? Qu’est-ce que je dois connaître de la personne qui l’utilise ? Quelles informations suis-je en train de conserver ? Et qui reçoit le problème lorsqu’une activité remonte jusqu’à l’adresse IP de ma machine ?
Dès que ces questions apparaissent, ajouter « juste un utilisateur de plus » n’est plus aussi innocent que cela semblait dans l’interface WireGuard.
Je garde donc ma sortie tunisienne pour le besoin précis qui justifie son existence.
Et quand quelqu’un a simplement besoin d’un VPN, je préfère maintenant lui donner le nom d’une application qu’un accès à ma propre infrastructure.
Sur un VPN hébergé en Tunisie, le seuil que je regarde désormais n’est plus le pourcentage de CPU : c’est le moment où mon tunnel cesse d’être mon outil privé et commence à devenir le service de quelqu’un d’autre.
Questions fréquentes
Pourquoi partager le même profil WireGuard avec plusieurs personnes est-il une mauvaise idée ?
Parce qu’un même profil revient à dupliquer la même clé. Si une copie circule ou doit être révoquée, on ne peut pas couper uniquement cet utilisateur ; des pairs distincts permettent de retirer un accès de manière ciblée.
Le deuxième utilisateur change-t-il seulement la charge du serveur ?
Non. Son trafic sort aussi sous l’adresse IP de l’infrastructure. Cela ajoute des questions de confiance, d’abus éventuels, de gestion des accès et de responsabilité qui n’existent pas de la même manière lorsque le tunnel ne sert qu’aux propres appareils du propriétaire.
Faut-il simplement conserver davantage de logs dès qu’on partage le VPN ?
L’article montre pourquoi cette réponse est insuffisante. Plus de traces peut aider à identifier les accès, mais crée aussi des données personnelles à collecter, justifier, protéger et éventuellement conserver selon le cadre applicable.
Quand vaut-il mieux orienter un proche vers son propre service VPN ?
Quand cette personne veut simplement une connexion VPN et n’a pas besoin de l’adresse IP tunisienne précise de votre installation. Dans ce cas, la séparer de votre infrastructure évite d’ajouter clés, pairs et trafic tiers à votre sortie privée.
Quelques liens que j’avais ouverts à l’époque
- Tunisie Telecom — communiqué du 23 mai 2026
- Reddit r/Tunisia — accès à Tunisie Telecom depuis l’étranger
- OVHcloud — procédure de signalement des abus
- WireGuard — documentation officielle
- Tunisie — Code des télécommunications
- Tunisie — décret-loi n° 2022-54
- Tunisie — loi organique n° 2004-63 sur les données personnelles