Pendant longtemps, j’ai choisi mes VPN comme je choisissais une carte bancaire pour voyager : je regardais surtout dans combien de pays ils pouvaient me servir.
Le raisonnement semblait logique. Si je passe une semaine à Lisbonne, trois jours à Montréal, puis quelques jours en Asie pour le travail, mieux vaut avoir une immense carte de serveurs. Sur mon VPN habituel, je pouvais choisir Paris, Amsterdam, Singapour, Tokyo ou New York. Cela ressemblait exactement à ce qu’il fallait à quelqu’un qui ouvre sa valise plus souvent qu’il ne la range.
Puis je suis arrivé à Shanghai.
À 8 h 40, dans ma chambre d’hôtel, j’avais vingt minutes avant un appel. Mon téléphone utilisait une eSIM, mon ordinateur le Wi-Fi de l’hôtel. J’ai ouvert Gmail sur le portable.
Rien.
Google Docs non plus. WhatsApp Web tournait dans le vide.
J’ai d’abord accusé le Wi-Fi. Je l’ai coupé, reconnecté, puis lancé le VPN qui m’avait accompagné pendant plusieurs voyages.
Il s’est connecté.
Les pages, elles, ne se sont pas ouvertes.
C’est là que ma définition d’un « bon VPN pour voyager » a commencé à changer.
Résumé de l’article
Réponse courte
La Chine illustre bien le problème, justement parce qu’il est devenu beaucoup plus facile pour un Français d’y faire un court séjour. Un rendez-vous professionnel ou une étape de quelques jours peut donc s’organiser avec beaucoup moins de préparation qu’avant.
Partir est devenu plus simple. Se connecter, pas toujours.
La Chine illustre bien le problème, justement parce qu’il est devenu beaucoup plus facile pour un Français d’y faire un court séjour.
Les titulaires d’un passeport français ordinaire peuvent actuellement entrer en Chine sans visa pour des séjours allant jusqu’à 30 jours, une mesure prolongée jusqu’au 31 décembre 2026. Un rendez-vous professionnel ou une étape de quelques jours peut donc s’organiser avec beaucoup moins de préparation qu’avant.
Le téléphone, lui, mérite toujours un peu d’anticipation.
France Diplomatie rappelle que l’accès à Internet en Chine continentale est fortement réglementé et que des services courants comme Google ou WhatsApp ne sont normalement pas accessibles, tandis que des applications VPN peuvent également être bloquées.
Je le savais avant de partir. J’avais donc installé mon VPN.
Ce que je n’avais pas vraiment intégré, c’est qu’avoir un VPN installé et avoir une connexion qui passe sur le réseau devant soi sont deux choses différentes.
Le filtrage chinois ne s’arrête pas au nom d’un site. Des travaux techniques ont montré qu’un trafic chiffré peut aussi être identifié grâce à son comportement réseau. Pour le voyageur, inutile d’aller beaucoup plus loin dans la théorie : un tunnel peut être chiffré et rester suffisamment reconnaissable pour être perturbé.
Cela expliquait mieux ce que je voyais à l’écran.
Et surtout, cela changeait la question à poser.
J’avais beaucoup de serveurs. J’avais toujours vingt minutes.
Mon fournisseur habituel n’était pas un mauvais choix.
C’était précisément pour cela que je le gardais : une longue histoire publique, une infrastructure mature et énormément de destinations.
J’ai commencé par Singapour.
Connexion impossible.
J’ai essayé le Japon.
Connecté. Gmail a affiché une partie de la boîte de réception, puis plus rien.
Hong Kong.
J’ai attendu.
Puis un deuxième serveur japonais.
À ce stade, l’application continuait à me proposer beaucoup de solutions théoriques et je n’avais toujours pas ouvert le document nécessaire pour mon appel.
Chaque nouveau serveur m’avait d’abord donné l’impression de faire un véritable nouvel essai. Après quelques minutes, j’ai compris que je changeais surtout de destination, pas forcément la raison pour laquelle la connexion échouait.
C’est là que la taille du catalogue a cessé d’être mon critère principal.
Des voyageurs décrivent la même chose de façon beaucoup moins technique : sur certains Wi-Fi d’hôtel en Chine, un VPN peut très bien fonctionner à un moment puis devenir pénible ou inutilisable quelques heures plus tard. Ce n’est pas une nouvelle information sur le filtrage ; c’est simplement ce que ce filtrage devient dans une chambre d’hôtel quand une réunion commence bientôt.
J’étais exactement dans cette situation.
Mon téléphone, sur le réseau mobile, s’en sortait mieux. J’aurais pu l’utiliser comme point d’accès et abandonner le Wi-Fi.
C’est un bon secours. Mais lorsque l’on travaille plusieurs heures sur un ordinateur, transférer tous ses fichiers par les données mobiles finit vite par devenir une solution de contournement à la solution de contournement. Des voyageurs racontent d’ailleurs devoir faire exactement cela lorsque le Wi-Fi de leur hôtel refuse de coopérer.
J’ai regardé l’heure.
Il me restait douze minutes.
J’ai arrêté de chercher le bon pays
J’avais OnlydogVPN↗ installé comme seconde option.
En l’ouvrant, la différence avec mon fournisseur habituel était immédiate : beaucoup moins de destinations, beaucoup moins de décisions à prendre.
Si j’avais encore comparé les VPN depuis mon canapé en France, cela aurait facilement ressemblé à un désavantage. Le service possède aussi un historique public plus court et moins d’avis indépendants qu’un grand fournisseur installé depuis des années.
Mais je n’étais plus en train de préparer un voyage.
J’étais dans une chambre d’hôtel avec douze minutes devant moi.
J’ai choisi le mode correspondant à la situation et lancé la connexion.
Gmail s’est ouvert.
J’ai cliqué sur le document. Il a chargé jusqu’en bas.
Puis j’ai rejoint mon appel.
Et seulement à ce moment-là, la différence technique a commencé à m’intéresser.
Le service utilise un transport basé sur HTTP/3 avec une couche supplémentaire d’obfuscation. L’intérêt, dans ce contexte, est assez simple : présenter un trafic moins évident à classifier qu’un tunnel VPN conventionnel.
Je ne pouvais pas voir depuis ma chambre quelle règle interne du réseau avait précisément fait échouer mes connexions précédentes. Ce que je pouvais voir, en revanche, était suffisant pour prendre une décision : les premières applications m’avaient envoyé chercher le bon serveur ; celle-ci m’avait envoyé dans ma réunion.
Pour quelqu’un qui voyage souvent, c’est une différence beaucoup plus concrète qu’un compteur de destinations.
Le vrai test est arrivé en quittant l’hôtel
Une heure plus tard, j’ai fermé l’ordinateur et suis descendu commander un taxi.
Mon téléphone a quitté le Wi-Fi de l’hôtel et repris les données mobiles.
C’est probablement la situation réseau la plus banale d’un voyage : hôtel, hall, taxi, gare, salon d’aéroport, réseau mobile, nouveau Wi-Fi. On peut changer de connexion plusieurs fois avant le déjeuner.
Et c’est souvent là qu’un VPN recommence à demander de l’attention.
Cette fois, la connexion a récupéré sans que je rouvre l’application pour sélectionner une autre destination.
Ce petit passage du Wi-Fi au mobile a changé une deuxième idée que j’avais sur les VPN de voyage : celle de la vitesse.
Chez moi, « rapide » signifie surtout un bon débit.
En déplacement, le VPN le plus rapide peut simplement être celui qui ne vous fait pas perdre trois minutes chaque fois que le réseau change sous vos pieds.
Quand cela arrive plusieurs fois par jour, ces minutes comptent davantage qu’un benchmark.
Puis j’ai ouvert mon ordinateur
Le soir, il me fallait la même connexion sur mon portable.
Je m’attendais à l’étape habituelle : retrouver des identifiants, saisir un mot de passe, éventuellement valider une connexion. À la place, j’ai utilisé le code de vérification permettant de partager l’accès avec un deuxième appareil.
Quelques instants plus tard, c’était fait.
Ce n’est pas ce qui avait permis à Gmail de fonctionner le matin, et ce n’était pas mon critère principal. Mais c’était la suite logique de la journée : après avoir trouvé une connexion qui demandait moins d’essais, je découvrais qu’elle demandait également moins de gestion lorsque je passais d’un appareil à l’autre.
Au troisième hôtel de la semaine, ce genre de détail devient étonnamment important.
Le VPN qui paraît le plus impressionnant avant le départ n’est pas toujours celui que l’on préfère pendant le voyage
Depuis la France, une immense liste de pays semblait objectivement supérieure.
Et un grand fournisseur conserve de vrais avantages : davantage de recul, plus d’avis publics, beaucoup plus de localisations et une infrastructure très étendue.
Mais quelqu’un qui voyage souvent ne se connecte pas à un « réseau moyen ».
Il passe du Wi-Fi d’un hôtel à la 5G, de la 5G à un aéroport, puis à un train, un espace de coworking ou un réseau soumis à des restrictions bien plus fortes que chez lui.
C’est ce changement permanent qui finit par révéler ce dont on a réellement besoin.
Mon ancien VPN m’avait offert beaucoup de serveurs à essayer. La seconde option m’avait surtout évité d’avoir à les essayer : mon document s’est ouvert, mon appel a commencé et la connexion a repris quand j’ai quitté le Wi-Fi.
Pour un Français qui voyage souvent, c’est désormais le critère que je mettrais en premier : pas le nombre de lieux que l’application affiche avant le départ, mais le peu d’attention qu’elle exige quand le réseau change au pire moment.
Questions fréquentes sur ce problème
Quelle est la cause principale dans ce cas ?
La Chine illustre bien le problème, justement parce qu’il est devenu beaucoup plus facile pour un Français d’y faire un court séjour. Un rendez-vous professionnel ou une étape de quelques jours peut donc s’organiser avec beaucoup moins de préparation qu’avant.
Que faut-il vérifier en premier ?
Mon fournisseur habituel n’était pas un mauvais choix. C’était précisément pour cela que je le gardais : une longue histoire publique, une infrastructure mature et énormément de destinations.
Qu’est-ce qui change la réponse en pratique ?
En l’ouvrant, la différence avec mon fournisseur habituel était immédiate : beaucoup moins de destinations, beaucoup moins de décisions à prendre. J’ai choisi le mode correspondant à la situation et lancé la connexion.
Quand une autre approche VPN devient-elle utile ?
On peut changer de connexion plusieurs fois avant le déjeuner. Cette fois, la connexion a récupéré sans que je rouvre l’application pour sélectionner une autre destination. Chez moi, « rapide » signifie surtout un bon débit.